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Immersion en Espagne : dans les coulisses du voyage des BYL

Chaque saison, les équipes FRM s’engagent à offrir à leurs jeunes une expérience qui dépasse le cadre du terrain. À travers notre programme éducatif, nous organisons des sorties à l’étranger qui allient sport, découverte culturelle et ouverture internationale. Elles contribuent à former non seulement de meilleurs joueurs, mais aussi des jeunes citoyens ouverts sur le monde.

Cette année, les B Youth League ont pris la direction de l’Espagne pour une semaine intense et formatrice. Organisation, objectifs, moments forts, impact sur le groupe… Nous avons rencontré Raphaël JOTTERAND, entraîneur principal, pour revenir sur les coulisses de ce déplacement et comprendre ce que ce type d’expérience apporte réellement à nos jeunes.

Une organisation millimétrée

Comment est née l’idée de cette sortie en Espagne ?

Chaque saison, j’aime organiser une sortie de quelques jours à l’étranger. Avec le temps, je me rends compte de ce que ça apporte réellement à une équipe. Nous avons réfléchi à plusieurs options et l’idée de partir en Espagne - où le climat est agréable en février pour s’entraîner - nous semblait le meilleur choix à un mois de la reprise du championnat. 

Quels étaient les objectifs principaux de ce déplacement ?

Depuis janvier, les joueurs travaillent très dur. Cette semaine se trouve à mi-chemin entre le début de la préparation et le deuxième tour. L’objectif était donc de poursuivre notre préparation mais aussi de s’offrir quelques jours en dehors du cadre habituel pour souffler, prendre du recul et s’intéresser à d’autres aspects centraux de la vie d’un groupe comme la solidarité, la cohésion et le respect. 

Ce genre de séjours permet avant tout de nouer des liens très forts. On l’a ressenti dès les premiers jours. Certains joueurs ont mieux appris à se connaître et les petits groupes qu’il peut y avoir dans l’équipe se sont dilués au sein de l’équipe. Pour renforcer la solidarité d’un groupe, rien de mieux. On en a été témoin lors d’un incident survenu sur le second match. Comment peux-tu accepter que ton coéquipier avec qui tu passes la plupart du temps depuis cinq jours se fasse insulter? Toute l’équipe a quitté le terrain, unie. Ce sont des moments forts que l’on oubliera pas.

Pour les coachs, c’est aussi l’occasion de prendre le temps de mieux connaître ses joueurs, de ne pas parler uniquement de football et de casser un peu l’armure à certains moments même s’il faut toujours garder la bonne distance, ce qui n’est pas toujours évident.

Combien de temps faut-il pour préparer un tel séjour ? Qui participe à l’organisation ?

Même si l’agence avec qui nous travaillons nous aide pour toute l’organisation sur place, c’est un job conséquent: récolte de fonds, planification de la semaine, réunir les documents d'identité, préparer le matériel, les entraînements et les sorties. Il faut compter plusieurs mois (minimum trois) pour tout mettre sur pied.

L’ensemble des joueurs se sont investis dans la récolte de fonds (50% du budget total) et j’ai organisé le séjour avec l’agence S20 basée à Genève. Certains parents nous ont aussi donné de précieux coups de main, je les en remercie.

Quels ont été les principaux défis dans l’organisation ?

La première barrière est celle de l’argent. À 20 (2 coachs et 18 joueurs), nous avons estimé un budget de 700 francs par tête. Il faut alors rapidement mettre sur pied des initiatives qui nous permettront de diminuer au maximum le coût du séjour.

Ensuite, avec des garçons de 16/18 ans, il faut l’accord des parents et parfois… de l’employeur pour les vacances. Finalement, l’organisation sur place est vraiment facilitée grâce à notre partenaire.

Une semaine rythmée et intense

À quoi ressemblait une journée type ?

Chaque jour, nous avions un moment de football (au total trois entraînements et deux matchs amicaux). Le but n’était pas de surcharger les joueurs. Nous n’avions pas besoin de rattraper un quelconque retard dans la préparation, bien au contraire.

Il n’y avait pas de journée type mais souvent un match/entraînement, une activité sportive ou de loisir (padel, paintball, balade sur la place, etc) et du temps libre pour les joueurs qui pouvaient se promener, aller au spa ou à la salle de sport.

Ensuite, le soir, nous nous retrouvions tous pour le repas et une activité pour clôturer la journée. Mardi soir, nous avons par exemple visionné le match de LDC entre le Real de Madrid et Benfica sur une terrasse.

Comment équilibrer les journées entre le sportif et le culturel ?

Avec l’expérience, je sais qu’il faut leur laisser du temps pour eux dans ce genre de voyage. Mais le but n’est pas non plus qu’ils passent cinq heures de suite dans leur chambre sur leur téléphone. Alors on prend le planning de la journée, et on essaie d’équilibrer tout ça au mieux.

Le but était aussi de leur faire découvrir de nouvelles activités. Nous avons fait un tournoi de padel jeudi matin. Une activation parfaite avant le match du soir.

Qui s’est occupé d’agender les activités, réserver les terrains et déterminer les adversaires ?

L’agence S20 et notre référente Emeline ont fait ce travail en collaboration avec le staff pour déterminer le bon niveau des adversaires et le choix des activités.

Un vrai test sportif

As-tu observé des différences dans le style de jeu espagnol ?

La première année que je suis allé en Espagne (il y a trois ans), nous avons pris deux claques. Le niveau est largement supérieur à la Suisse et nous avons su rééquilibrer cela lors des derniers voyages.

Cette année, nous avons joué deux matchs contre des adversaires du même calibre que nous. Les joueurs sont techniques, ils aiment ressortir le ballon proprement avec quelques concepts simples comme celui du 3e homme qu’ils emploient parfaitement. Même si techniquement le niveau est élevé, les différences se font avant tout par le jeu plus que par l'individualité.

 

En quoi ces confrontations internationales font progresser les joueurs ?

En jouant toujours contre les mêmes équipes du niveau BYL, les contraintes sont parfois similaires. Ici, nous avons été mis en difficulté lors de notre premier match car les quatre offensifs permutaient énormément et que leur attaquant venait souvent décrocher entre nos deux lignes défensives. Comment résoudre ce problème? Devons-nous défendre plus bas ou demander aux centraux de sortir sur le temps de passe pour empêcher le joueur dos au jeu de se retourner? En Suisse, les attaquants sont souvent moins mobiles et plus prévisibles. Ici, les quatre offensifs se comprenaient parfaitement. 

Ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres. Je crois que ces voyages permettent aussi de prendre quelques initiatives. Par exemple, nous avons donné la responsabilité d’un match - de la composition à la théorie en passant par la tactique - à nos trois capitaines. Nous avons plus de temps pour organiser ou encadrer ce genre d’animations quand nous sommes ensemble toute la journée.

 

Comment étaient les conditions d’entraînement ?

L’Espagne en février, je conseille ! 15/20 degrés, du soleil et des terrains de football en très bon état. Des conditions optimales.

 Un impact humain fort

En dehors du terrain, qu’apporte ce type de voyage aux jeunes ?

On le verra par la suite, si le groupe arrive à garder cette cohésion et cette entraide en Suisse ou non. Mais c’est clair qu’au vu de leurs retours, il y a au moins des souvenirs qui resteront gravés à vie. Cela permet aussi à certains joueurs de se dévoiler. Quand le cadre est bienveillant, on arrive plus facilement à se lâcher et à profiter pleinement du moment. Espérons que cette liberté se retrouve aussi sur le terrain.

 

As-tu senti une évolution dans la cohésion du groupe ?

En début de saison, nous avons accueilli beaucoup de nouveaux joueurs dans l’équipe. Ce n’est pas qu’en février que nous avons mis tous nos efforts pour améliorer la cohésion du groupe. Nous y travaillons depuis le mois de juillet et c’est ma priorité. Le voyage en Espagne n’est pas non plus une recette magique. Je le vois plus comme un facilitateur.

Le contexte joue beaucoup aussi. Les joueurs sont en vacances, au soleil, avec 17 coéquipiers/amis et loin de leurs parents. Quand tu vis pendant cinq jours ensemble, tu vis et ressens tout de manière plus intense. Une fois de retour en Suisse c’est différent. Mais j’ai bon espoir que certaines traces restent. J’en suis même convaincu que l’équipe ne sera plus la même sur ce second tour.

 

En quoi cette semaine reflète-t-elle le projet éducatif de FRM ?

FRM ce n’est pas juste le football et chacun rentre chez soi. C’est une manière de faire vivre un groupe pendant une saison en essayant constamment d’amener quelque chose à l’équipe et à l’individu. Les joueurs doivent apprendre que tout ne se fait pas en un claquement de doigts, qu’il faut être reconnaissant de tous les bénévoles qui s'investissent pour eux au quotidien et que pour vivre de tels moments, il faut être engagé et investi. C’est exactement ce que nous avons pour organiser ce voyage où tous les joueurs ont mis la main à la pâte.

Le bilan

Quel bilan global tirer de cette semaine en Espagne ?

Le bilan est simplement positif. Tout le monde repart de ce voyage avec une expérience inoubliable, deux matchs amicaux prometteurs, la cohésion de groupe est renforcée et tout le monde s’est respecté. Les quelques règles imposées ont été tenues et ils n’ont fait que renforcer la confiance que nous avions déjà envers eux.

Enfin, quel moment fort retiens-tu particulièrement ?

Beaucoup de moments, mais si je dois en choisir un je pense à notre dernière soirée. L’équipe venait de vivre un moment difficile (un de nos joueurs avait subi des insultes racistes de la part d’un adversaire) qui nous avait tous fortement marqué émotionnellement. Tout le monde aurait pu partir dans sa chambre, ruminer sa colère dans son coin mais non : toute l’équipe s’est réunie et a malgré tout réussi à profiter des derniers instants du voyage. Plusieurs joueurs ont pris la parole devant l’équipe et j’ai compris à ce moment-là que j’avais avec moi, une équipe plus soudée que jamais.

La sortie en Espagne restera, pour nos B Youth League, une étape marquante de leur saison — riche en apprentissages, en émotions et en souvenirs collectifs. Un grand merci à tous ceux qui ont participé à l’organisation.